La protection sociale des indépendants est un sujet de société pour lequel AGIPI s’implique activement. A l’occasion d’une table ronde qui s’est tenue le 12 juin dernier chez Kedge Paris, 3 experts nous ont apporté leur éclairage.

Arnaud Lacan, titulaire de la Chaire AGIPI-KEDGE « Travail indépendant et nouvelles formes d’entrepreneuriat »

« L’entrepreneuriat est un mouvement solide, notamment auprès des plus jeunes. Pour eux, le rapport au travail comme le rapport au temps a  évolué. Leur objectif principal n’est plus de rentrer dans de grandes entreprises ; les notions de liberté et de flexibilité prévalent désormais. On voit d’ailleurs apparaître une hybridation des modèles. Ceux que l’on appelle les « slasheurs » mixent les possibilités pour organiser leur activité professionnelle dans des modèles différents : salariat, freelance… Sans véritable statut, c’est la souplesse d’organisation et l’autonomie qu’ils recherchent. Concernant le rapport au temps, ce qui va se passer dans le futur lointain n’est plus un véritable sujet. C’est ce qui va se passer à court terme qui compte. Cela se retranscrit dans les questions de la protection sociale. Les entrepreneurs cherchent moins de solution de retraite complémentaire car ce sujet est trop éloigné de leurs préoccupations immédiates. Il est donc essentiel de faire œuvre de pédagogie sur le sujet. C’est encore plus vrai aujourd’hui. »

Sylvie Brunet, députée européenne, ancienne Présidente de la section Travail et Emploi du Conseil Economique Social et Environnemental « Les tendances de l’entrepreneuriat »

Quelles sont les tendances de l’entrepreneuriat en Europe ?  » La population des entrepreneurs est plutôt stable, en légère croissance au niveau européen et inégale selon les pays. C’est en Grèce que les nouvelles formes de travail se développent le plus. Cela s’explique par le fait que c’est un pays où le taux de chômage est très élevé. Quand on parle d’entrepreneurs aujourd’hui, il y a une confusion avec des populations historiquement identifiées (artisans, professions libérales, chefs d’entreprise, agriculteurs…) et les travailleurs employés par des nouvelles plateformes, de type Uber par exemple, qui ont un statut d’indépendants. Ils sont encore loin de représenter une majorité : en France en 2016 on comptait environ 3 millions d’indépendants dont 340 0000 sont issus de ces nouvelles formes d’entrepreneuriat. »

Comment se gère la protection sociale de ces nouveaux indépendants ?  » Cette population est plus vulnérable aux risques professionnels et il faut améliorer l’information par tous les acteurs. Nous sommes dans un pays où la protection sociale a été organisée pour le salariat, ce qui rend difficile la compréhension du système pour un indépendant. Mais si nous ne les sensibilisons pas au risque, cela aura un coût pour la société. L’aspect préventif est donc déterminant. En parallèle se pose la question de la place de l’Etat dans la protection sociale. »

Justement, peut-on parler d’un modèle social en transition en France et en Europe ?  » En France, le poids des dépenses publiques liées à la protection sociale étant très élevé, l’Etat est contraint de se désengager progressivement sur certains domaines de la protection sociale. Notre système, basé essentiellement sur la solidarité, permet de réduire les inégalités. Il est l’un des plus protecteurs en Europe et dans le monde. Et paradoxalement, nous faisons face depuis des mois à une grave crise sociale dite « des gilets jaunes »… En Europe, l’approche n’est pas la même selon les pays. Nous nous dirigeons vers la mise en œuvre concrète du socle minimum des droits sociaux qui a été adopté fin 2017 au niveau européen. A l’instar de ce qui se passe dans les systèmes anglo-saxons, il sera demandé aux acteurs privés de s’engager davantage. Le choix assurantiel sera individualisé. Sommes-nous prêts culturellement ? »

Constance de Poncins, déléguée générale AGIPI
Sensibiliser les indépendants sur l’urgence et l’importance de la prévoyance

« Lorsqu’on leur demande si elles sont bien protégées et que l’on aborde la question de la protection sociale, la majorité des personnes interrogées répond qu’elle a une bonne mutuelle. Cela est en partie vrai. Une complémentaire santé va effectivement rembourser les frais de santé liés aux consultations chez le médecin, les médicaments… Mais si vous ne pouvez plus  travailler, une complémentaire santé ne sera d’aucune utilité pour faire face à vos charges financières. Les indemnités journalières versées par le régime obligatoire sont souvent insuffisantes. C’est pour cela qu’un contrat de prévoyance qui garantit un complément de revenus en cas de « coup dur » est indispensable. Cela est encore plus vrai lorsque l’on est chef d’entreprise ou à son compte. Bien souvent, ils ne savent pas ce qu’implique un arrêt de travail et la grande majorité ne connaît pas le montant des indemnités journalières en cas d’accident ou d’invalidité. En tant qu’association qui défend les intérêts des indépendants, AGIPI a engagé des actions pour les sensibiliser sur les risques et les enjeux de la protection sociale. »

severine